Historique

extrait du livre Field, Ontario 1850-2009 de Wayne F. LeBelle
Auteurs : Roger Lafond et Wayne LeBelle 

L’industrie du bois et les chemins de fer

Vers les années 1810, le pin est devenu l’arbre de choix pour l’exportation en Grande Bretagne et aux États-Unis.  C’est l’arrivée du chemin de fer Canadian Pacific Railway à Sturgeon Falls en 1882 qui a provoqué la migration de milliers de bûcherons vers l’ouest qui se sont vite dispersés sur le territoire des lignes de partage des eaux des rivières Sturgeon et Temagami pour abattre les gros pins rouges et blancs.  Le premier à récolter le pin dans cette ligne de partage des eaux était le baron forestier J. R. Booth d’Ottawa, qui devançait toujours les autres prendre les meilleurs pins.

La descente de 348 pieds du niveau de la mer à partir de la source de la ligne de partage des eaux de la rivière Sturgeon jusqu’au lac Nipissing était idéale pour une douzaine de compagnies qui flottaient les billots aux scieries le long du réseau de rivière de 112 kilomètres.  Les rivières Sturgeon et Temagami, branchées à des ruisseaux, rivières, marécages et lacs par des barrages faits à la main, étaient parfaites pour faire flotter les billots au nouveau chemin de fer Canadian Pacific Railway à Sturgeon Falls (1882) ou aux scieries. La première scierie locale de Louis G. Parent s’installe en 1905, sur le lot 12 de la concession 2 dans le canton de Bastedo (aujourd’hui le chemin Pike).  Également en 1905, Joseph Vézina, un pionnier établi dans le canton de Gibbons depuis 1896, construit l’Hôtel Field (aujourd’hui le Field Tavern).  Suite à la vente de l’hôtel à Edgar Gagné en 1907, Joseph Vézina installe une scierie sur la rue Desjardins dans le village à environ 250 mètres en amont du pont.  En 1911, la compagnie Booth termine ses opérations dans la région.  La communauté de Field est déjà très bien organisée au point de vue paroisse, écoles, commerces et agriculture, bien que les perspectives de progrès ne sont pas très prometteuses à cause de son isolement.  Tout change en 1912 avec l’arrivée du chemin de fer du Canadian Northern Railway (Mackenzie & Mann) qui décide de construire un tronçon ferroviaire reliant North Bay à Capréol, en passant par Smoky Falls (aujourd’hui Crystal Falls), Field, Desaulniers et River Valley.  Le réseau ferroviaire transcanadien vient donc assurer la survie de la communauté.  Des arpenteurs s’affairent aussitôt à jalonner le tracé.  Également en 1912, Joseph Vézina déménage sa scierie à l’embouchure de la rivière Pike sur le côté nord de la rivière Sturgeon.  

Field Lumber

La compagnie Field Lumber est fondée en 1914.  C’est sans doute l’initiative de Joseph Vézina et la présence d’une main-d’oeuvre fiable et compétente qui contribuent à la création de cette compagnie à Field.  Zotique Mageau de Sturgeon Falls est un homme bien connu dans le commerce du bois et en politique municipale et provinciale.  Il a été maire de Sturgeon Falls une dizaine d’années et député à l’Assemblée législative de l’Ontario.  Il s’associe avec Joseph Vézina qui y investit sa scierie, avec Ubald Lamarre qui y investit son magasin général où sera le siège social de la compagnie, ainsi qu’avec Moïse Cousineau et Pierre Marchildon qui deviennent directeurs.  Domina Thibert gère la coupe du bois et le flottage des billots jusqu’à la scierie.  Zotique Mageau est le président et Ubald Lamarre est le secrétaire-trésorier.  La compagnie possède un capital de 50 000 $, dont 43 000 $ est déjà acquis.

​La nouvelle compagnie achète les concession forestières des cantons de Gibbons et Bastedo de J.R. Booth et trois milles carrés dans le canton de Fell.  La scierie Vézina, maintenant Field Lumber, est capable de produire 16 000 pieds de bois par jour.  Elle est avantageuse située sur les rivières Pike et Sturgeon à proximité de la voie ferrée et seulement à quelques kilomètres de la source d’apprivisonnement du bois de sciage.  La compagnie compte produire 4 millions de pieds de pin blanc, d’épinette et de bois franc annuellement, ainsi que des poteaux de cèdre et traverses (ties) pour les voies ferrées.

L’usine de rabotage

Une usine de rabotage (planning mill) est construite aux environs de 1918, près de la voie ferrée du Canadian Northern Railway, à quelques 200 mètres au nord de la rivière Pike.  Dans la bâtisse mesurant 760 par 72 pieds, il y a une raboteuse, une scie à ruban de 4 pieds, une scie à refendre et une toupilleuse qui peut façonner toutes sortes de moulures imaginables.  La chambre de la chaudière à vapeur et du moteur mesure 20 par 60 pieds.  L’usine est bordée par une voie ferrée de chaque côté, de sorte que le bois entre d’un côté, est raboté et sort de l’autre côté pour être ensuite déposé dans un wagon prêt à être expédié.  Des wagons à plate-forme élevée (high car) montés sur des roues de wagons de chemin de fer servent à transporter le bois débité de la scie à l’endroit où il sera mis en pile.  Ces wagons sont tirés par un cheval.
Dès 1915, la compagnie Herman H. Hettler Lumber de Chicago aux États-Unis ouvre un bureau à Field et fait débiter son bois à la scierie de la communauté et ce, durant plusieurs années.  Il y a eu plusieurs scieries dans la région de Field, en commençant par une scierie à vapeur qui a été construite vers 1914 sur le bord du ruisseau Hébert près de Desaulniers et qui a été opérée par Trefflé Bénard jusqu’en 1931.

Épreuves

La scierie sera complètement détruite par un incendie en 1922, en 1929, en 1963, en 1995 et finalement en 1998.  Elle a aussi été lourdement endommagée lors de la tornade du 20 août 1970 alors qu’il faut reconstruire la charpente et le toit.  En 1978 elle est remplacée par une nouvelle usine située près de la scierie.  À la fin avril et début mai 1979, la région et le village de Field voient l’inondation la plus dévastatrice de leur histoire.  Les maisons subissent des dommages irréparables de sorte qu’on doit créer un lotissement sur un terrain plus élevé pour reloger les sinistrés.

Plusieurs travailleurs ont été victimes d’accidents de travail, par exemple Wilfrid Tremblay qui a perdu un bras aux alentours de 1922, Arthur Deschamps Rivet qui a grièvement été blessé aux alentours de 1925, Alphonse Legault qui a perdu un pied en 1935 et son compagnon, Joseph Deschamps qui a aussi été blessé.

Les travailleurs du bois

La journée de travail est de 10 heures par jour, du lundi au samedi inclusivement.  Les salaires s’échelonnent entre 1,50$ à 2,50$ par jour selon la tâche à accomplir.  Depuis les débuts, la compagnie continue d’opérer ses propres chantiers d’abattage en forêt et de flottage des billes vers la scierie.  Ceci permet aux employés de travailler dans les chantiers après la fermeture de la scierie à l’automne.  Il faut dire que la compagnie garde de bonnes relations avec ses employés.  Lors de la construction de leur maison, elle vend son bois à un prix minime et en ajoute souvent gratuitement.  De plus, elle participe aux événements sociaux de la paroisse.  Lors du 25ième anniversaire de la paroisse en 1927, elle a érigé la croix du cimetière paroissial. 

​Parmi les employés de longue date de la scierie, on retrouve Garfield Morrison qui a été à l’emploi de Field Lumber pendant au moins 45 ans.  Il était le petit-fils de Joseph Vézina et aussi le petit-fils de “Bert” Morrison qui a été contremaître jusque dans les années 1940.  Les mécaniciens en charge des chaudières et du moteur à vapeur pendant de nombreuses années étaient Xavier Séguin à la scierie et Arthur Rivet à l’usine de rabotage.  Il y a eu plusieurs limeurs dont Polydore Legault et Bruno Langevin.  Xavier Bélanger a été préposé à l’entretien des machine (“millwright”) jusqu’en 1931.  Domina Thibert a été gérant de la coupe du bois “Walker” de 1914 jusqu’à la faillite de Mageau Lumber.  Par la suite, ill y a eu Alex “Ti-Coune” Blanchette, Donat Bertrand et Conrad Gervais.  Parmi les entrepreneurs pour la coupe du bois il y a eu un Danis, un Marceau et Roméo Brazeau, sans compter les contremaîtres des chantiers et de la drave.

Familles

La ville n’a pas été facile pour ceux qui ont développé la région.  Pour une question de survie, les femmes et les enfants devaient contribuer au bien-être économique de la famille.  Des enfants, parfois aussi jeunes que 10 ans, abandonnaient l’école pour aider la famille.  À plus long terme, cette décision les empêchaient de prendre plus de responsabilités au travail et de gagner plus d’argent.  La plupart ne savait pas lire, ni écrire.  Certains de ces enfant travaillaient dans les camps de bûcherons comme cookee (cuistot) et chore-boy (homme à tout faire).  Les femmes devaient se débrouiller seules avec les enfants durant l’hiver alors que les hommes quittaient pour gagner de l’argent dans les chantiers.  La majorité de ces hommes élevaient des animaux et cultivaient la terre sur leur petite ferme durant l’été et l’automne.  Certains travaillaient aussi du matin au soir dans les scieries.  Les historiens louangent les Canadiens français, les décrivant comme les meilleurs bûcherons du temps.  La présence francophone actuelle à Field est en fait due à ces Canadiens français.

Familles pionnières

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Galerie de photos

Incendie le 17 juillet 1998. Photo: Wayne LeBelle. Collection de la Société historique de Field
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