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BIO de Narcisse Courchesne avril 2003
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BIOGRAPHIE DE NARCISSE COURCHESNE
Narcisse est né à Lavigne, ON le 7 janvier 1923, d’une famille de 14 enfants. Il est le deuxième de la famille, mais le plus vieux des garçons.  Son grand-père, originaire de St.Gabriel de Brampton, marié six fois par l’Église Catholique, finit ses jours à Lavigne. Il eut beaucoup d’influence sur Narcisse pour la musique et la menuiserie. D’après son frère Lionel, Narcisse était patient et tenace dans tout ce qu’il voulait obtenir. 

Narcisse était doué d’un esprit curieux et tout l’intéressait. À l’école il n’y avait pas de bibliothèque et le seul livre disponible était le dictionnaire, mais Mme Davidson, son professeur ne permettait pas aux élèves de s’en servir. Comme enfant de chœur, il voyait les livres disponibles à la sacristie, mais Mme Lajeunesse ne permettait aux jeunes que des livres de prière, de Sainte Anne, etc. et Narcisse insistait pour obtenir d’autres livres en disant : « Nous les avons chez-nous ». Le curé Bourassa ayant entendu la discussion entre Narcisse et  Mme Lajeunesse, lui prêta des livres de sa bibliothèque personnelle, tel que Jeanne d’Arc, les Anciens Canadiens, etc. Cela permit à Narcisse de développer ses talents de lecture et d’écriture. Narcisse était un fidèle enfant de chœur pour les messes de la semaine et les funérailles. Le curé lui donnait .10 cents par messe.

Narcisse grandissait et un jour ayant vu un violon chez le voisin, voulait en avoir un aussi. Grand-père lui aida à en fabriquer un, une boîte pas de côté, des poteaux pour tenir les deux planches amincies à la hache. Pour les cordes, des poils de la queue du cheval et de l’arcanson. Cela donnait des  sons assez inusités, mais grand-père pouvait y jouer sa gigue et enseigna la technique à son petit-fils. Narcisse décida de fabriquer lui-même son violon et alla chercher le bois de vieux sceaux de graisse. Le travail pour amincir les planches était demandant et Narcisse à cours d’outils spécialisés, utilisa le rasoir de grand-père pour le faire. Son père lui acheta des cordes de violon achetées à la compagnie Eaton. Son grand-père lui montra comment jouer sa gigue et demandait souvent à Narcisse de la jouer et chaque fois il en pleurait. Narcisse a même fait trois violons un hiver, qu’il vendit à 2,50 $ chacun. Son talent ne se limita pas aux violons, mais plus tard  il construisit même des guitares, des mandolines, etc.

Grand-père a initié Narcisse à la pêche et au temps idéal pour la faire. Il lui apprit aussi la prudence en chaloupe. Narcisse adopta la même attitude avec ses frères et il n’a jamais eu d’accident irréparable. On utilisait aussi un dard avec un manche de quinze pieds qui permettait de prendre de belles prises que sa mère faisait cuire au four après que le pain était cuit. On se servait du four pour les produits de la chasse également.   Narcisse a beaucoup d’admiration pour sa mère qui était une cuisinière extraordinaire. Sa grand-mère étant morte jeune, la maman fut élevée par les membres de sa famille et envoyée au couvent des  Sœurs à  Sturgeon Falls. Elle apprit à cuisiner pour des groupes. Elle pratiqua ce métier qui lui servit bien avec sa famille. La maman avait aussi conservé de bonnes relations avec la communauté religieuse. Les Religieuses lui ont même rendu visite à Lavigne pour faire connaissance avec sa famille.

La guerre en Europe battait son plein et tous les jeunes hommes de seize ans et plus devait s’enregistrer.     Il y avait certaines exemptions à cause de la ferme, mais tous les gars ne pouvaient être exemptés. Narcisse avait suivi la consigne, mais  avec une adresse à la campagne, à Field; il n’a pas reçu de demande. Un jour, il alla chez le voisin par affaires et rencontra les Polices Militaires venues chercher quelqu’un. On lui demanda pourquoi il n’était pas à l’entraînement. Il répondit : Je n’ai jamais reçu de demande. On lui dit : « Embarque avec nous ». Sa réponse : « Ce n’est pas un déshonneur, ni un honneur, mais je préfère attendre une demande officielle ». On lui dit : « Tu vas en recevoir une ». C’est ce qui arriva. Narcisse s’était laissé pousser la barbe, s’habilla d’une chemise à carreaux, des « breeches » et partit pour Parry Sound. Il dit à son frère Lionel : « Je ne serai pas longtemps ». Narcisse avait perdu la compréhension totale de l’anglais. Il fumait où il ne devait pas le faire, faisait des rêves terribles la nuit et criait. C’était un désordre total. On le mis en pénitence, on l’insultait en anglais, mais rien ne dérangeait Narcisse.  On commanda à un soldat de lui couper les cheveux, de le raser  et de lui aider à se faire une toilette acceptable. Il y eut connivence entre les deux pour ne rien dévoiler, car les deux se connaissaient. On avait conclu que Narcisse n’était pas apte à servir les forces de sa Majesté et on décida de le renvoyer chez lui. On le conduit au train et on s’assura de demeurer avec lui jusqu’au départ du train. Quand on lui dit d’embarquer, Narcisse commença à marcher vers North Bay. On le remit rapidement en ligne pour prendre le train. Un soldat qui allait avec permission visiter sa famille à Kaspuskasing avant son embarquement pour l’Europe devait le surveiller jusqu’à North Bay.  En chemin, ils  échangèrent cordialement. Narcisse lui paya la traite, car son accompagnateur n’avait pas d’argent. Se sentant libre alors, l’habileté de communiquer normalement était revenu à Narcisse, de même que parler en anglais et ils eurent un retour agréable jusqu’à North Bay. Son séjour au camp d’entraînement était terminé.

Quelques mois plus tard, un autre départ  pour Narcisse, mais moins loin. Il avait 22 ans, et était prêt à travailler comme mécanicien au garage Gareau à Verner. Après deux ans d’apprentissage, il déménage à Sudbury pour travailler dans les mines. En 1948, il se marie avec Françoise Rainville. De cette union, naquirent trois enfants, un garçon Rhéal, qui demeure à Lavigne et deux filles Carmel et Pauline qui demeurent à Sudbury.  Narcisse et Françoise ont sept petits-enfants et deux arrières petits-enfants.

Après deux ans de travail à Sudbury, Narcisse revient à Verner travailler chez Max Piette.  Aimant les défis, Narcisse va vendre des produits Familex pour deux ans. Mais voilà qu’il retourne aux mines à Sudbury. En même temps, il prend des cours du soir en mathématique et en électronique. Il apprend comment réparer les téléviseurs. Il ouvre aussi un magasin d’électronique à Sudbury et y répare les téléviseurs également. Durant la grève minière en 1950, il s’aperçut qu’il pouvait vivre de son magasin et c’est ce qu’il fit pour cinq ans. Narcisse voyageait les fins de semaine à Verner et réparait les téléviseurs de son village.

Narcisse s’est toujours questionné sur les antécédents de son grand-père…six mariages. Toujours est-il qu’il s’intéressa tellement à la généalogie, aux recherches dans les archives paroissiales, qu’il en développa une passion. Il obtint la permission de l’Évêque d’aller dans chaque paroisse pour photographier les entrées des registres. Le soir, il tapait le tout à la dactylo.  Si vous faites des recherches en généalogie aujourd’hui, vous pouvez  trouver  une vingtaine de livres qui donnent les dates de naissance, de mariage et de sépulture, signés par Narcisse Courchesne. Il est non seulement allé dans la paroisse natale de son grand-père, mais dans plusieurs autres paroisses de la province de Québec. Vous savez maintenant comment Narcisse passait ses vacances.

 Narcisse est un des co-fondateur de la Société d’Histoire et de Généalogie de la région de Sudbury. Devenu un expert dans ce domaine, il aida plusieurs recherchistes à  produire leurs arbres généalogiques et à obtenir  leurs cartes de Métis.

Ayant rencontré Narcisse Courchesne, tard dans sa vie, j’ai eu le plaisir de l’amener à quelques reprises à Sudbury au bureau de la Société. À une occasion, le comité de la S.H.G. de Sudbury, lui a rendu un vibrant hommage d’appréciation pour services rendus. Il fut aussi l’invité spécial et conférencier à l’assemblée annuelle de la Société Historique du Nipissing. Narcisse a aussi donné une bonne partie de son travail, de ses recherches à Irène Bastarache-Schofield pour l’aider dans son travail de recherches généalogiques sur les Métis. Irène a pour M. Courchesne une grande admiration et beaucoup d’appréciation pour son geste de générosité.

M. Courchesne est décédé le 7 avril 2003, à l’âge de 80 ans avant que l’on puisse terminer sa biographie. J’ai eu beaucoup d’aide de Lionel, son frère retraité qui demeure à Haileybury. Entre Lionel et Narcisse, il y a une complicité qui semble s’être toujours maintenue depuis leur enfance. Merci Lionel, car sans toi je n’aurais pas été capable d’écrire cette biographie.

Pierre Paul Séguin
Avril, 2003