Carole Lafrenière-Noël, 2018

Photo
Annette St-Jean (Lafrenière) et son père, Albert St-Jean, Verner, circa 1928

Au début de la colonisation, le cheval et la calèche servaient à transporter les nouveaux arrivants de la voie ferrée jusqu’à leur ferme nouvellement établie.  De cette époque, je vous relate quelques histoires de ma famille à Verner.


Le grand Silver
Mes parents m’ont raconté comment, l’hiver, ils partaient en calèche tirée par des chevaux, emmitouflés sous les couvertures de laine et les peaux de fourrure.  Ma mère s’amusait à raconter que mon père avait un grand cheval fringuant qu’il avait fait venir de l’Ouest.  De son dire c’était un cheval pas mal “wild”: le dimanche venu, alors qu’on se préparait pour aller à la messe, Daniel s’amusait donner quelques coups de fouets à son grand Silver pour qu’il coure plus vite.  Du rang des Rainville, le grand Silver partait “à la grand épouvante”, le mord aux dents pour le rendre au village de Verner.  C’était surprenant que la famille réussissait à se rendre à l’église sain et sauf!


Souvenir  d’hiver à Verner
En mai 2017, ma tante Leonie St-Jean Gareau me téléphone pour me raconter une histoire de son jeune temps. Nouvellement mariés, mes parents, Daniel Lafrenière et Annette St-Jean savaient s’amuser. C’était la fête du Mardi Gras le 13 février 1940. Daniel Lafrenière, Annette, Léonide, Jeanne et Léonie St-Jean, Arthur, Henri et Julia Beaudry (de la parenté), ainsi qu’Eugène Piette, avaient décidé de fêter l’occasion. Ils montèrent dans un traineau (une sleigh) tirée par des chevaux à partir de la ferme d’Albert St-Jean, dans le rang des Rainville et se dirigèrent vers le rang des Savignac. Arrivée à l’école de rang, Paul Lecompte leur vendit du vin. Il n’en fallu pas plus pour que nos gais lurons arrosent le Mardi Gras en bon et dû forme! On s’était dit que ce serait amusant d’aller au village surprendre Aline Beaudry-Lebeau, la soeur d’Arthur, Henri et Julia Beaudry. 

Les plus vieux (qui étaient dans la vingtaine) s’enfoncèrent sous les peaux de loups dans le traineau tiré par les chevaux qui galopaient en direction du village de Verner. Léonie St-Jean (Gareau) et Eugène Piette n’avaient alors que 15 ans. Pleins d’énergie, les deux jeunes avaient décider d’agrémenter le trajet en se lançant des balles de neige et en courant à côté du traineau. Ils ont couru les 4 ou 5 milles pour se rendre au village! Arrivés chez Aline, cette dernière ne trouva pas la visite amusante, surtout qu’elle avait des petits enfants couchés à l’étage. En plus, nos fêtards avaient un verre de vin de trop dans le nez! Ils prirent le chemin du retour, mais cette fois-ci Léonie se dépêcha pour prendre une place dans le traineau, bien au chaud sous les peaux de fourrure. Eugène Piette ne fut pas aussi rusé. Du haut de ses 15 ans, il prit quelques gorgées de vin et se gela les pieds! Ce n’était pas toujours drôle pour nos ancêtres, mais tante Leonie St-Jean Gareau rit encore aux larme quand elle raconte cette histoire. On est chanceux de vous avoir tante Leonie St-Jean Gareau . ​


Photo
Mariage de Valmore Lamarche et Blanche St-George, 30 juin 1913, Verner. Collection Bibliothèque publique de Nipissing Ouest

Pif! Paf! Pif! Paf!
Ma soeur Lucie m’a raconté une histoire du début des années ’50 alors que notre grand-père, Albert St-Jean, notre père, Daniel Lafrenière, le voisin au lac, M. Tindel et nos oncles Eugène, Donat et Léo St-Jean avaient passé une journée d’hiver à couper des blocs de glace sur le lac.  Petites filles, Estelle et Lucie (Lafrenière) et notre cousine, Évelyne Sylvester, accompagnaient les hommes.  En guise de ravitaillement, memére Doloris St-Jean (née Roberge) leur avait envoyé un immense chaudron de “bines” mijotées dans le fourneau du poêle à bois, du pain, du thé et des biscuit blancs.  Comme l’électricité n’était pas encore rendue dans les campagnes, les blocs de glace étaient entreposés dans du brin de scie et servaient à conserver les aliments dans les glacières des familles concernées. Toutes les familles avaient une remise pour la glace. 

Dans le courant de l’après-midi une tempête de neige s’est élevée. Voilà qu’il fallait retourner à la maison en pleine tempête à la tombée de la nuit!  La voie empruntée n’était qu’une “trail de vache” enneigée. Les hommes et les fillettes étaient emmitouflés sur un traîneau tiré
par des chevaux, couvertes avec d’immenses couvertures de laine brute « en étoffe ».

Les chevaux avaient de la neige jusqu’au flancs; ils peinaient à avancer.  Tout à coup le traineau est resté pris dans la neige et les
chevaux se sont enlisés jusqu’au ventre! Pif! Paf! Pif! Paf!  Les chevaux étaient enragés et ils se démenaient “comme des diables dans
l’eau bénite” pour se sortir du pétrin.  Uh! Uh!  Les hommes criaient et les encourageaient en secouant les guides en cuir pour que les
chevaux fassent un effort de plus.  Les chevaux hennissaient et s’échauffaient “en tabarnouche”!  Ils persistaient à grands coups de
sabots. Ce n’était pas une option de rester pris!  C’était drôlement épeurant pour des fillettes et c’est pourquoi Lucie s’en souvient
encore aujourd’hui.  Combien de fois nos ancêtres et leurs chevaux ont-ils connus une expérience semblable alors qu’ils défrichaient les
forêts, qu’ils labouraient leurs terres ou qu’ils transportaient des passagers?

Carole Lafrenière-Noël, 2018


Photo
G. à droite: Le pompier, inconnu, Roy Martin, dame inconnue dans la calèche, Jack Penelton, 1935. Collection Bibliothèque publique de Nipissing Ouest