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Ligne de piquetage de l’École secondaire bilingue de Sturgeon Falls . Source: U. d’Ottawa, CRCCF, Fonds ACFO (2)Au tournant des années 1970, une crise scolaire éclate à Sturgeon Falls et ses environs. Petite ville industrielle de pâtes et papiers, Sturgeon Falls compte 80 % de francophones. En 1968, le gouvernement ontarien permet la création d’écoles secondaires de langue française. Dès lors, les francophones de Sturgeon Falls multiplient les demandes auprès du Conseil scolaire de Nipissing pour que l’école secondaire de Sturgeon Falls devienne une école homogène de langue française. L’école est alors composée de 1,600 élèves, dont 1,200 francophones. Le Conseil scolaire de Nipissing, composé de 17 membres, dont six catholiques et seulement trois francophones, refuse toujours d’accorder une école homogène aux francophones de Sturgeon Falls. Le Conseil estime que les coûts associés à la construction d’une nouvelle école pour les 400 élèves anglophones seraient trop élevés. Le Conseil favorise donc le statu quo. En 1970, des enseignants et des directeurs d’écoles francophones créent l’Association d’éducation de l’Ouest Nipissing (AEON). L’AEON assume le leadership dans la communauté francophone de Sturgeon Falls et réclame une école secondaire homogène de langue française. Selon l’AEON, l’école secondaire de Sturgeon Falls empêche l’épanouissement culturel et linguistique de ses élèves franco-ontariens. Néanmoins, l’AEON accepte, en 1970, la proposition du Conseil scolaire de Nipissing de tenter l’expérience d’une école mixte, c’est-à-dire d’une école ayant une section anglaise et une section française sous la direction d’une seule administration à l’intérieur du même établissement. Cependant, les relations entres les anglophones et les francophones se détériorent à l’école. À la fin de l’année scolaire 1970-1971, un désaccord entre des élèves francophones et anglophones au sujet de l’annuaire de l’école met le feu aux poudres. Des conflits éclatent entre l’administration, les élèves, les enseignants et les parents francophones et anglophones. Bientôt, la crise s’étend dans la ville de Sturgeon Falls et dans les villages environnants.
Durant l’été 1971, les étudiants francophones forment le Comité d’action étudiante qui s’associe à l’AEON dans la lutte pour l’obtention d’une école secondaire de langue française. Des journaux sont créés, Le Journal et Coup d’oeil, afin de renseigner la population francophone au sujet des nouveaux développements dans le dossier de l’école secondaire. Le président de l’AEON, Edgar Gagné, enseignant à l’école secondaire de Sturgeon Falls, et le Dr Roger Gervais, représentant francophone au Conseil scolaire de Nipissing, dirigent le mouvement. Des commissaires, des enseignants, des élèves et des citoyens francophones de Sturgeon Falls exigent que l’école secondaire de Sturgeon Falls refuse l’admission des élèves anglophones. Ils réclament également la création d’un nouveau conseil scolaire de langue française. Les contribuables anglophones, représentés par le Conseil scolaire de Nipissing et appuyés par l’Abitibi Panel Products, le principal employeur de la ville, refusent la création d’une deuxième école. À la fin de l’été, la tension entre les francophones et les anglophones est à son comble . En août, l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) s’implique dans le dossier et demande une école homogène au Conseil scolaire de Nipissing. Dès lors, les liens entre les francophones de Sturgeon Falls et la communauté franco-ontarienne se multiplient et se solidifient.


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Article paru dans Le Voyageur, 4e année, no 28, Sudbury, 15 déc. 1971 Source: U. d’Ottawa, CRCCF, Fonds ACFO (C2)En septembre 1971, les étudiants francophones, appuyés par leurs parents, refusent de rentrer en classe. Ils boycottent les cours et empêchent les inscriptions. Le 7 septembre, ils dressent des lignes de piquetage et tentent de bloquer l’accès de l’école aux enseignants et aux élèves anglophones. Les associations franco-ontariennes les appuient sans réserve. L’ACFO et le journal Le Droit lancent l« Opération anti-assimilation » et demandent aux Franco-Ontariens de la province de soutenir la lutte des francophones de Sturgeon Falls. L’ACFO organise un colloque déterminant. De son côté, l’Association des enseignants franco-ontariens (AEFO) demande à ses membres d’envoyer des témoignages de solidarité à la population francophone de Sturgeon Falls. À la fin du mois de septembre, 200 élèves francophones, accompagnés d’adultes, occupent l’école secondaire. Les manifestants obtiennent de nombreux appuis, notamment de Direction-Jeunesse, de la Société-Saint-Jean-Baptiste de Québec, et de La Rotonde,le journal des étudiants francophones de l’Université d’Ottawa. En octobre, la création de la Commission ministérielle sur l’éducation secondaire en langue française en Ontario calme les esprits. En décembre, le rapport préliminaire de la Commission Symons recommande la création d’une école secondaire homogène de langue française à Sturgeon Falls. Suite à une rencontre avec le professeur Thomas Symons, le Conseil scolaire de Nipissing accorde une école de langue française à la population francophone de la région de Sturgeon Falls. Franco-Cité devient l’école secondaire de langue française de Sturgeon Falls. L’école secondaire Northern ouvre ses portes aux élèves anglophones en 1976.

Source :  La présence française en Ontario : 1610, Passeport pour 2010; CRCCF, 2004

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Décès de Jean St-Louis, meneur de la lutte pour la création de l’école Franco-Cité

Référence:https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1705391/avis-deces-jean-st-louis-sturgeon-falls?fbclid=IwAR3ZVl3obLw48ZOE3v9TWe6SwcYhm5pKT4mYW0VRBT02NbmqPjtLCkYfnUQ

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​Jean St-Louis, qui était passioné par la photographie, en compagnie de son frère Ronald.​PHOTO : COURTOISIE DE LA FAMILLE
Miguel Lachance (accéder à la page de l’auteur)
Miguel Lachance
Publié 22 mai 2020 à 15 h 25
Jean St-Louis, qui a joué un rôle important dans la création de l’école secondaire Franco-Cité à Sturgeon Falls en 1971, est décédé le 21 mai à Ottawa, à l’âge de 65 ans. Il s’est éteint paisiblement, entouré de sa famille.
Son décès a été annoncé jeudi par son frère cadet, Ronald St-Louis. Il décrit son frère aîné comme un musicien, poète, photographe, compositeur et, plus important de tout, époux dévoué, père et grand-père. 
Au cours de sa carrière professionnelle, Jean St-Louis a été fonctionnaire et enseignant à Ottawa.
Le legs de Jean a été la défense du patrimoine franco-ontarien, et le dévouement à l’épanouissement de ce patrimoine à travers les générations.
Ronald St-Louis
Ronald St-Louis raconte comment son frère Jean a contribué, grâce à ce dévouement et à son charisme, à la création d’une école secondaire francophone autonome à Sturgeon Falls. Il avait alors 17 ans.

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Jean St-Louis en 1971, alors que des élèves de la Sturgeon Falls Secondary School se mobilisent pour perturber les classes. PHOTO : RADIO-CANADADes centaines d’élèves francophones s’étaient mobilisés pour cette cause en septembre 1971 s’étaient mobilisés pour cette cause en septembre 1971.
Ronald, qui avait 11 ans à l’époque, croit que son frère a probablement été inspiré par le climat social de la fin des années 1960 et du début des années 1970, alors que les francophones de partout au pays réclamaient plus de droits.
Que ce soit il y a 40 ans ou aujourd’hui, Jean n’aurait jamais cédé un centimètre à ceux qui veulent marginaliser la communauté franco-ontarienne.
Ronald St-Louis
Il souligne aussi l’importance de tous les gens qui ont défendu la francophonie ontarienne avant et après son frère Jean.

Crise linguistique : une impression de déjà-vu pour d’anciens élèves de Sturgeon Falls

Référence: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1139165/manifestation-ecole-secondaire-sturgeon-falls-1971-droits-francophones

​Radio-Canada
Publié le 30 novembre 2018
Alors que des milliers de Franco-Ontariens se préparent à manifester samedi, d’anciens élèves de la Sturgeon Falls Secondary School ont un sentiment de déjà-vu. En septembre 1971, des centaines d’élèves francophones s’étaient mobilisés pour exiger la création d’une école secondaire francophone autonome.
Un texte de Mathieu Grégoire
denise truax entamait sa 13e année dans la polyvalente bilingue, dans laquelle les francophones représentaient 75 % de la population étudiante. Elle se souvient avoir participé avec conviction à la chaîne humaine devant l’établissement pour en bloquer l’accès.
Les jeunes francophones s’étaient concertés pour empêcher ainsi les élèves et enseignants anglophones de poursuivre leurs cours. Quelques jours plus tard, les élèves francophones avaient ensuite pris d’assaut l’école, empêchant toute activité scolaire.
Denise Truax a terminé son secondaire en 1972 à l’école Sturgeon Falls Secondary School. On l’aperçoit ici dans l’album souvenirs des finissants. PHOTO : DENISE TRUAXLes élèves francophones du secondaire bilingue de Sturgeon Falls avaient fait la grève et en avaient bloqué l’entrée alors qu’ils revendiquaient la création d’une école secondaire francophone distincte. PHOTO : RADIO-CANADAC’était une manière de dire haut et fort qu’on n’allait pas lâcher, qu’on voulait notre école. On était prêt à prendre les moyens qu’il fallait. […] C’était une façon de dire : “On est vraiment très sérieux, écoutez-nous.”
 denise truax, ancienne élève de l’école secondaire Sturgeon Falls Secondary School
La manifestation avait duré quelques jours. Bon nombre d’associations franco-ontariennes à travers la province, dont l’Association canadienne-française de l’Ontario, avaient appuyé sans réserve les revendications des élèves de Sturgeon Falls.

Les élèves francophones du secondaire bilingue de Sturgeon Falls avaient fait la grève et en avaient bloqué l’entrée alors qu’ils revendiquaient la création d’une école secondaire francophone distincte.
PHOTO : RADIO-CANADA
Le mouvement avait suscité certaines frictions entre francophones et anglophones de la province. L’ancienne élève Lise Gareau Smits n’avait pas le sentiment à l’époque que ces différends étaient aussi présents au sein même de la Sturgeon Falls Secondary School.
Il n’y avait pas d’animosité. Ils [les élèves anglophones] nous comprenaient et qu’on voulait avoir des classes françaises pour nous. Il n’avait jamais été question qu’on ne devait pas avoir une grève.
 Lise Gareau Smits, ancienne élève de l’école secondaire Sturgeon Falls Secondary School
Après quelques jours de mobilisation, le gouvernement provincial avait annoncé la création de la Commission ministérielle sur l’éducation secondaire en langue française en Ontario. Dans son rapport, la Commission recommandait la création d’une école secondaire francophone distincte à Sturgeon Falls.
L’École secondaire Franco-Cité a ainsi été créée en décembre 1971. Le conseil scolaire a maintenu son école bilingue sous le même toit pendant les travaux de construction d’un nouvel établissement. Les élèves anglophones et certains francophones sont ensuite déménagés dans la nouvelle école secondaire bilingue Northern située à quelques pas de là.
Voir également :

Sturgeon Falls : une école née du combat ; Ontario 400; 27 janvier 2015

« Opération anti-assimilation », communiqué de presse de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), Ottawa (Ontario), 8 septembre 1971, page titre.  Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds Association canadienne-française de l’Ontario (C2), C2/385/3.

Lettre de remerciements de Denise Giroux, secrétaire de l’Association d’éducation de l’Ouest Nipissing, River Valley (Ontario) à Ryan Paquette, président de l’Association canadienne-française d’Ontario, 26 octobre 1971, p. 1.

« Déclaration de Monsieur André Roy, président général de la Société Saint-Jean Baptiste de Québec à l’occasion du congrès régional Montcalm de la SSJBQ », communiqué de presse pour appuyer les francophones de Sturgeon Falls, Québec, 18 septembre 1971.

Lettre circulaire de Jacques Deschênes, administrateur de Direction-Jeunesse, demandant l’appui des conseils étudiants des écoles de langue française de l’Ontario aux francophones de Sturgeon Falls, 10 septembre 1971.

« Coup d’oeil » et « Le “Nipissing Board of Education” » , article et caricature parus dans Le Journal incluant la caricature, no 1, Sturgeon Falls (Ontario), juin 1971, p. 1.

Les luttes pour les écoles secondaires de langue française , CRCCF, 2004