L’ARRIVÉE DES FAMILLES ROBERGE DE VERNER TEL QUE
 RACONTÉ PAR ÉDOUARD ROBERGE, 1981

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4 générations : Annette Lafrenière (née St-Jean), Dolorès St-Jean (née Roberge) Ovila Roberge, Fernand Lafrenière, Donalda Roberge (née Beaudry) circa 1946, VernerEdouard Roberge raconte :  “Originaires de la grande région de Joliette, Damas Roberge et Délima Rainville se sont mariés le 26 (=27) novembre 1866 à Saint-Jean-de-Matha, où ils s’établissent cultivateurs dans le rang Sainte-Julie et où tous leurs enfants sont nés et y vont à l’école.

Dans ce rang, Damas demeurait pas loin de Souverain Laurence, le père de Jos Laurence qui était un de ses camarades, ainsi que d’Arthur Forget et de Wilfrid Chaussé, un oncle de sa femme.  Le 8 novembre 1884, naît un fils, Joseph-Philias (toute sa vie à Verner, on l’a appelé Joseph).  Cet enfant sera le dernier de la famille de Damas et Délima.  A cette époque, l’économie canadienne était mauvaise et il n’y avait aucun moyen de gagner un revenu d’argent pour payer les nécessités de la vie qu’on ne pouvait produire soi-même; il n’y avait aucun travail rémunéré disponible.  Vu qu’ils n’avaient pas payé leur dîme, ils devenaient sujets à être saisis pour défaut de paiement; alors ils décidèrent d’émigrer aux États-Unis, où pouvait travailler toute personne qui le voulait, sans égard au sexe, à l’âge, ou à l’instruction.  Toutefois, ils ont certainement attendu au printemps 1885 avant de partir; ils ont laissé leur ferme invendue et même du ménage dans la maison, pensant revenir bientôt.  Mais ça n’a pas retourné comme ça:  l’avenir, personne ne le connaît.

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Ainsi, tout la famille part pour Lowell, MA.  Il y a six enfants:  Edmond, 15 ans né en 1870, Alexandrina née en 1871, Rosalba (1876), Conrad (1878), Hedwidge (1880), et le bébé Joseph né en 1884.  Ils demeurent dans la partie de la ville nommée “Le Petit Canada”  parce que tous les Canadiens-français y sont regroupés ensemble.  Et ils se sont placés à l’ouvrage comme prévu, le père et les deux plus vieux (Edmond et Alexandrina); cela rapportait assez d’argent pour qu’ils soient contents; et plus tard, l’autre fille Rosalba a pu travailler aussi.

Mais ils n’aimaient pas la vie en ville et ils avaient toujours l’idée de retourner à la campagne.  Ils avaient essayé de revenir à Saint-Jean-de-Matha, mais la maison avait été saisie et ils étaient dépossédés.  Trois ans plus tard (1888), les nouvelles des journaux leur apprenaient que le chemin de fer continuait vers l’ouest et qu’il y avait de très belles terres disponibles, boisées de gros arbres.  C’était très attirant pour du monde qui aime cultiver et travailler pour soi-même, plus qu’à la journée en usine.

Durant l’automne de 1888, Edmond demande un congé là où il travaillait pour venir voir.  Comme le train approchait de Sturgeon Falls, il examinait avec grande attention:  il voyait des petites maisons proches de la voie ferrée et des cordes de bois empilées partout, car les locomotives de ce temps-là chauffaient au bois.  Ainsi, ça leur faisait un gagne-pain.  Voyant toutes ces maisons près de la voie ferrée et l’espace défriché, (il devait être deux heures de l’après-midi), le train arrête è un demi mille à l’est du village d’aujourd’hui- ça s’appelait Grand-Brûlé (ou Burnside); le nom Verner est venu plus tard.  Il décide de descendre et rebrousser chemin jusque chez Elzéar Dénommé.  Il veut demander de l’information.  Il frappe à la porte.  On ouvre, on le fait entrer et le reçoit très bien.  On lui offre à coucher, car il il était déjà tard pour eux, la journée finissant dans la veillée, suivante le coucher du soleil.

Puis, ils lui ont parlé de cette ferme toute proche qu’ils avaient eux-mêmes parcourue plus d’une fois, car ça faisait déjè quelques années qu’ils demeuraient là.  Ils en avaient même figuré la superficie, soit un gros cent acres de l’autre côté de la rivière – pas de roches du tout et du côté sud de la rivière, une vingtaine d’âcres (en fait, elle en avait 18).  “Le vrai morceau pour mes parents quand ils seront vieux” pense Edmond.  Donc, le lendemain matin, Monsieur Dénommé lui prête une hache et lui met son dîner dans un sac.  “Ne vous éloignez pas trop de la ligne et surtout, ne revenez pas tard.  Sinon, on va être inquiet.”  Il part.  Il marche jusqu’à la rivière.  Là, il se coupe un cèdre sec en quatre longueurs de 8 pieds, attachées avec des branches et des travers (ça fait un radeau) et y pique sa hache.  Il traverse, atterrit dans un petit ruisseau en face.  Il attache son embarcation au bord pour le retour.  Il grimpe la côte et marche à peine 400 pieds où un poteau indique:  LOT 6 CONCESSION 2 (le chemin est là aujourd’hui).  Il tourne vers l’ouest (jusque chez Gustave aujourd’hui) et trouve un autre poteau:  LOT 6 FIN.  L’autre face du poteau:  LOT 7, il y a 320 âcres, c’est trop grand.  Il retourne sur ses pas, retraverse la rivière et dîne.  Après dîner, il fait un gros tas de branches là où sera la maison plus tard.  Vers les quatre heures, il retourne chez Monsieur Dénommé où il couche une autre fois, content de sa journée.

Surtout, il a hâte de retourner raconter à ses parents comment c’est beau et l’accueil que les gens avaient eu pour lui.  Il réserve son lot et laisse son adresse à M. Dénommé.  Il se sont écrit souvent pour s’assurer que la terre n’était pas vendue.

Probablement qu’ils ont redoublé d’ardeur au travail (donc durant 1889) pour épargner l’argent nécessaire à son achat.

En 1890, pas tard au printemps, Damas (51 ans) et Edmond (20 ans) arrivent pour y rester.  Il faut acheter et payer la terre, bâtir une première maison et la laiterie, défricher le chemin et la place pour la future maison.  Quand tout a été prêt, ils ont écrit à Délima:  ” Sa mère, pacque ton linge et le ménage; on vous attend.  Écris-nous une lettre nous avisant du jour que vous pensez arriver.  “Deux voitures étaient là à leur arrivée, une pour la famille et une pour le ménage.  Mais il fallait toujours passer sur le terrain des autres pour se rendre chez nous; 4 ans plus tard (1894-95), ils traversaient encore la rivière en chaland.  Le point a été construit en 1897-98.  Alors, on a bâti une autre maison au grand chemin, là où grand-père a demeuré jusque en 1919, avant de s’en aller au village.

Damas était vieux dans ce temps- là (80 ans).  Il s’est acheté une maison près du chemin de fer:  $400.00, soit $100.00 comptant et $100.00 par année.  Les maisons n’étaient pas chères comme aujourd’hui.  Il est mort en juillet 1925, et grand-mère a vécu chez mon père Edmond jusqu’à sa mort, le 8 décembre 1929.

En 1896, Ovila Roberge, qui est cousin avec mon père Edmond, est venu se promener chez son oncle Damas, et en même temps, se prendre une terre pour plus tard.  Car, il était encore garçon, quoique plus âgé qu’Edmond (2 ans).  On lui avait dit que les terres de Caldwell étaient toutes prises.  “Mais, il y en a encore dans les cantons voisins de McPherson et Kirkpatrick; on ira demain matin.”  Alors, grand-mère dit à Damas:  “Va chercher un morceau de lard à la laiterie pour qu’il cuise durant la veillée pour qu’il soit prêt demain et qu’on puisse faire un sac à manger.”  Le chemin était ouvert vers Lavigne; mais dans les cantons dont on parle, il n’y avait pas de chemin.  Ovila et Edmond ont marché jusque là, puis ils décident de monter dans un arbre pour voir plus loin  Edmond dit à Ovila:  “C’est ici que c’est le plus beau.  On prend le lot à nous deux, 160 âcres chacun,” ce qui fut fait.  Ensuite, Ovila fit construire une maison assez grande pour qu’elle lui serve plus tard et en même temps, c’était plus certain qu’il ne se la ferait pas ôter.  Cela aussi donnait droit à mon père sur le même lot et au même nom.  Il fallait que mon père fasse trois âcres de terre par année (déboiser) tandis qu’Ovila envoyait de l’argent è des voisins pour faire de la terre.  Lui, il est retourné aux États-Unis pendant quelques années encore.  Quand il est revenu chez grand-père (Davas), il a demandé:  “C’est pas tout, y a-t-il des filles par ici?”  Mon père Edmond lui répond:  “Oui!  Chez Joseph Beaudry, il y en a deux:  une pour moi et une pour toi.”  Le lendemain, dimanche, ils sont allés les visiter et mon père a présenté son cousin Ovila; et ça a très bien marché.  Ils se sont écrit et l’année suivante en 1897, ils se sont mariés.  Mais, vu qu’il avait un très bon emploi, il retourne aux États-Unis, car il voulait ramasser plus d’argent.  Quand ils sont revenus en 1901-02, ils avaient deux enfants:  Dolorès (1899) et Alphonse (1900).

Edmond, lui, a vendu le lot de 160 âcres dont on a parlé voisin d’Ovila, à Monsieur Lamarche.  Il voulait se marier lui aussi et il lui fallait une voiture et un attelage.  Effectivement, Edmond s’est marié le 4 juillet 1899 et ils sont demeurés un an chez grand-père.  Au printemps 1900, quand la neige fut partie, Edmond traverse la rivière et commence à bâtir.  Il a creusé des trous dans la terre gelée pour poser des poteaux (pieux); il ne se faisait pas de solage, ces années-là.  Des cèdres de 4 pieds dans la terre, c’était bon longtemps.  Ils ont levé la maison et couvert avant les semences; ses beaux-frères Beaudry l’ont aidé.  Après les semences faites, ils ont posé les portes et les chassis  Puis il fallait construire une grange et aussi une sorte d’écurie pour loger les chevaux et les quelques animaux qu’il possédait.  Alors, il n’y avait pas une seule journée à perdre; déjà ça faisait huit jours qu’ils mangeaient sur une valise.  Maman dit à Edmond:  “J’ai hâte d’avoir une table.”  Il était 11 heures.  Ils répond:  “On va en avoir une pour dîner.”  A midi et demi, la table était prête et varlopée.  Maman s’est servi de son tapis comme nappe; ils ont dîné content.  Cette table-là, Roland (Laurin) l’a vue; il s’en servait dans la laiterie.  Ca veut dire que la famille Roberge a construit en dix ans, de 1890 à 1900, trois maisons, trois granges et les autres bâtisses, en plus de faire la terre et les autres travaux  Ces Roberge n’ont certainement pas perdu trop de temps ni de longues journées.

Finalement, pépère Damas a acheté une maison toute petite, lambrissée en bardeaux, dans la rue de la rivière, à Verner, entre Pierre Giguère (sur le coin) et Ferdinand Pilon (suivant).  Son terrain allait jusqu’à la rivière; ce terrain appartient maintenant à la Coopérative pour la meunerie et pour le garage; et ça se trouve être de l’autre côté de la rue où demeurait Edmond en dernier.

Tant qu’à nous (Édouard et Marie-Louise), 10 ans plus tard, Monsieur Lessard nous a vendu ($3,400.00 si je me rappelle) la terre voisine de celle où (Roland Laurin et) Réjeanne a élevé sa famille.  J’étais parti de la maison paternelle en 1922 pour demeurer troisième voisin; nous y somme restés 33 ans.  Depuis 1955, on demeure à Sturgeon Falls.  J’ai toujours travaillé comme charpentier, mais l’ouvrage, on n’est plus capable:  on demeure dans notre maison; même un jardin, c’est trop (à 81 ans).  Quatre de nos enfants demeurent à Sturgeon Falls; deux dans la province de Québec.